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Le sans-alcool n'est plus une punition : ce que disent les chiffres

Le sans-alcool n'est plus une punition : ce que disent les chiffres

En 2010, quand nous avons lancé nos premiers cocktails de fruits sans alcool, la réaction la plus fréquente était un sourire poli. Le sans-alcool, c'était le verre de la femme enceinte, du conducteur désigné et de celui qui « ne peut pas ». Une punition élégante, au mieux. Seize ans plus tard, le « cool » a changé de camp. Voici ce que disent les chiffres, et ce que ça change pour ceux qui fabriquent, servent et boivent.

Les jeunes boivent moins, et de plus en plus ne boivent pas

Le chiffre le plus parlant vient de l'enquête ESCAPAD de l'OFDT, qui interroge tous les jeunes Français de 17 ans lors de la journée défense et citoyenneté. En vingt ans, la proportion de jeunes de 17 ans qui n'ont jamais bu d'alcool est passée d'environ 4 % à 20 %. Un sur cinq. Pas parce qu'on le leur interdit : parce qu'ils n'en ont pas envie.

La consommation d'alcool des 18-25 ans est elle aussi en forte baisse, avec un mouvement de fond que les Anglo-Saxons appellent le sober curious : on ne s'interdit pas de boire, on choisit quand, et on choisit de plus en plus souvent de ne pas le faire. Le Dry January, arrivé en France en 2020, est devenu un rendez-vous ; le Sober October le suit. Et dans les podcasts d'entrepreneurs, dire qu'on a arrêté l'alcool pour être plus efficace est devenu presque banal.

Le message pour les bars et restaurants est simple : une part croissante de la clientèle qui a le plus de pouvoir d'achat et le plus d'influence ne commande plus de vin. Ce qu'on lui sert à la place décide de ce qu'elle pense de l'établissement.

Le marché du sans-alcool a changé de nature

Pendant longtemps, « boisson sans alcool » voulait dire jus de fruits et sodas, deux catégories dominées par des marques industrielles et vendues au petit-déjeuner ou aux enfants. Ce qui a explosé ces dernières années, ce sont d'autres choses : mocktails, spiritueux et apéritifs sans alcool, bières sans alcool (le segment qui croît le plus vite dans une brasserie mature), kombuchas, thés glacés, sodas botaniques. Des boissons pour adultes, pour le moment de l'apéro et du repas, avec un prix qui reflète ce qu'il y a dedans.

On l'a vu de l'intérieur. Nos jus restent une part importante de ce que nous fabriquons, mais ce sont nos mocktails, nos infusions et thés glacés, et depuis 2026 nos sodas sans arôme, qui portent la croissance. La demande n'est plus « un truc sans alcool ». C'est « quelque chose d'intéressant à boire ».

Pourquoi les ventes de jus baissent (et pourquoi ça n'a rien à voir)

On lit régulièrement que la consommation de jus de fruits recule en France. C'est vrai, et c'est un trompe-l'œil. Les ventes baissent parce que la segmentation par type de produit (jus, soda, eau) ne fait plus sens. Ce qui compte aujourd'hui, c'est le moment de consommation : le petit-déjeuner, l'apéro, le repas, la pause. Le jus de fruits industriel est resté coincé sur le premier, avec un prix devenu élevé pour de vraies raisons climatiques (la crise de l'orange brésilienne, ravagée par une maladie des orangers, a fait flamber le concentré) et une originalité proche de zéro.

Pendant ce temps, les boissons sans alcool pensées pour l'apéro et la table grimpent. Ce n'est pas la même courbe. Ce n'est pas le même marché. Et c'est là que nous avons choisi d'être depuis le début, avec des jus qui ont une note qui n'a rien à faire là (un abricot au fenouil, une framboise au balsamique) précisément pour sortir du petit-déjeuner.

Ce qui fait la différence entre une mode et une tendance

On a tous vu passer des « tendances d'outre-Atlantique qui vont tout changer en France » : hard seltzer, eau de coco, boissons au collagène. Des éléphants qui accouchent d'une souris. Les marchés de la boisson sont beaucoup plus nationaux qu'ils n'en ont l'air : chaque pays a ses codes, ses goûts, ses moments.

Le sans-alcool n'est pas de cette famille, pour une raison simple : il ne repose pas sur un produit, mais sur un changement de comportement, mesurable sur vingt ans et sur toutes les tranches d'âge. Ce n'est pas une catégorie qui monte, c'est une façon de boire qui change. Les produits qui gagneront sont ceux qui répondent à ce que ces consommateurs demandent vraiment : de l'originalité, de la qualité, une vraie place à table, et aucune culpabilité, dans un sens comme dans l'autre.

Ce que ça veut dire pour nous

Depuis 2010, notre leitmotiv est de proposer une alternative à l'alcool qui soit originale, premium et non culpabilisante. Ce qui était une intuition est devenu un marché, et ce marché s'accélère. Notre réponse ne change pas : composer des boissons audacieuses et complexes, qui ne laissent jamais indifférent, à partir du meilleur des fruits et des plantes, en fabrication française, sans arôme, sans colorant et sans truc bizarre. Et les mettre dans les verres qui comptent, de la Tour Eiffel au bar du coin.

Questions fréquentes

Les jeunes boivent-ils vraiment moins d'alcool ?

Oui. Selon l'enquête ESCAPAD de l'OFDT, la part des jeunes de 17 ans n'ayant jamais bu d'alcool est passée d'environ 4 % à 20 % en vingt ans, et la consommation régulière des 18-25 ans recule. Le mouvement est constant depuis le début des années 2000.

Qu'est-ce que le « no-low » ?

« No-low » (ou NoLo) désigne les boissons sans alcool (no) ou à faible teneur en alcool (low) qui se substituent aux alcools traditionnels sur les mêmes moments de consommation : apéritif, cocktail, repas. Le segment inclut mocktails, spiritueux sans alcool, bières et vins désalcoolisés.

Qu'est-ce que le Dry January ?

Un mois de janvier sans alcool, lancé au Royaume-Uni en 2013 et arrivé en France en 2020. L'objectif n'est pas l'abstinence définitive mais une pause qui permet de reprendre la main sur sa consommation. Le Sober October en est la version d'automne.

Sébastien Specht, fondateur de Maison Specht — maison française de boissons sans alcool fondée en 2010. Mocktails, sodas, infusions et jus composés et fabriqués dans notre atelier de Mantes-la-Jolie, sans arôme, sans colorant et sans truc bizarre.